
- GHERDOUSSI PATRICK/PRESSE SPORTS
LE FIGARO : Comment abordez-vous cette semaine décisive pour l’équipe de France ?Mathieu Valbuena
: L’objectif est clair : se qualifier pour le Mondial 2014. Il sera
primordial de s’imposer contre la Géorgie (vendredi) pour se placer dans
les meilleures conditions pour défier l’Espagne (mardi suivant). Il
faudra être très patient face aux Géorgiens, ils vont tous rester
derrière. L’Espagne est toujours le grand favori du groupe. Mais lors du
match aller à Madrid (1-1), on a montré qu’on pouvait l’inquiéter. On a
confiance en nos capacités. Il faut rééditer ce type de performance.
C’est ce qu’attendent nos supporteurs. Ils ont trop souvent été déçus
par les Bleus ces dernières années.
Le nul en Espagne ? Un déclic. On est désormais convaincus de pouvoir rivaliser avec les plus grosses sélections.
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Le nul arraché en Espagne a-t-il modifié la perception que les Bleus avaient d’eux-mêmes ?Cela
a été un déclic. Lors du quart de finale du dernier Euro, nous n’avions
pas existé face aux Espagnols (2-0). Tout le monde pensait que nous
allions recevoir une gifle à Madrid. Au-delà du résultat positif, on a
vu une vraie équipe, déterminée et solidaire. Notre manifestation de
joie sur l’égalisation de Giroud témoigne de cet état d’esprit. Ce sont
des moments importants dans la vie d’un groupe. Le signe que des liens
forts se sont tissés entre les joueurs. On est désormais convaincus de
pouvoir rivaliser avec les plus grosses sélections.
Quelle est l’influence de Didier Deschamps dans cette prise de conscience collective ?Dès
son arrivée, il a insisté sur les valeurs de rigueur et de discipline.
Avec lui, il n’y a aucun passe-droit. Tous les joueurs sont sur un pied
d’égalité. On a le sentiment de progresser. Il sait transmettre aux
joueurs sa niaque et son envie de gagner. Didier Deschamps cherche à
tirer le meilleur de son groupe. Il le place devant ses responsabilités
en disant clairement ce qu’il attend de lui. Il est exigeant car il est
convaincu que l’on peut faire de grandes choses. Il nous pousse à nous
dépasser.
Et pourtant votre collaboration à Marseille a mal débuté…Notre
relation a été délicate au départ. Il a été dur mais juste. Il m’a
expliqué ce qu’il attendait de moi et les raisons pour lesquelles il ne
me faisait pas jouer. Il m’a demandé de donner plus de passes décisives
et de marquer plus de buts. J’ai épuré mon jeu pour gagner en
efficacité. Son exigence m’a permis d’élever mon niveau.
Vous vous épanouissez avec les Bleus depuis qu’il est devenu sélectionneur…J’ai
l’impression d’avoir franchi un cap. Plus tu disputes de matchs
internationaux, plus tu gagnes en maturité et en expérience. La
sélection est quelque chose de très représentatif dans une carrière. Je
m’y épanouis d’autant plus que le sélectionneur me demande d’y évoluer
au poste que j’affectionne.
Le numéro dix est lourd à porter. On sait qui occupait ce poste dans le passé. Cela me motive plus que cela m’effraie.
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Meneur de jeu des Bleus, un sacré défi ?Cela implique
beaucoup de responsabilités. Le numéro dix est lourd à porter. On sait
qui occupait ce poste dans le passé. Cela me motive plus que cela
m’effraie. J’essaie d’être à la hauteur en m’appuyant sur les valeurs
d’abnégation qui m’ont permis de progresser durant ma carrière. Je
m’efforce de faire jouer mes partenaires et d’être décisif. À ce poste,
je dois créer le mouvement en étant toujours disponible pour le porteur
du ballon.
Avez-vous douté de vos capacités à vous imposer au niveau international ?J’ai
souvent eu l’impression que l’on m’accordait moins de crédit qu’à
d’autres, mais j’ai continué mon bonhomme de chemin sans douter de mes
qualités. La reconnaissance me fait plaisir même si elle arrive
tardivement. On a longtemps émis des doutes sur ma capacité à atteindre
le niveau international. Je me suis moi-même posé cette question. Je
suis fier d’avoir prouvé le contraire. Ma bonne entrée en jeu contre
l’Espagne a nourri ma confiance. Je suis persuadé que je peux aussi être
performant dans les grands matchs.
Vous avez récemment évoqué vos débuts professionnels difficiles. En avez-vous souffert ?Cela
tient peut-être à mon parcours, puisque j’évoluais en National avant de
rejoindre l’OM. Mon gabarit ne m’a pas aidé non plus. Quand tu mesures
1,67 m, ce n’est pas évident de s’imposer dans un milieu où il y a
beaucoup de monstres physiques. C’est une grande fierté d’avoir pu
vaincre les préjugés. J’ai toujours eu plus à prouver que les autres. Ma
carrière s’est construite ainsi. Cela a été un mal pour un bien. Cela
m’évite aujourd’hui de me reposer sur mes lauriers. Je dois donc
continuer à avancer en faisant preuve de la même détermination et de la
même humilité.
source : sport24