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lundi 23 avril 2012

Balenciaga, la moderne symphonie des formes

Le musée Galliera et Cité de la mode et du design dévoilent les archives Balenciaga et la collection personnelle du maestro

 


Photo Archives Balenciaga Paris


Les archives personnelles de Cristóbal Balenciaga servent de point de départ à l’exposition présentée à la Cité de la mode et du design, à Paris.



L'historien de mode et directeur du musée Galliera, Olivier Saillard, nous invite à un voyage au cœur des archives personnelles de Cristóbal Balenciaga, esthète avant-gardiste et référence absolue dont, aujourd’hui, tout le monde se réclame. Une expo (1) magistrale que décrypte Nicolas Ghesquière, fidèle à cette philosophie stylistique.
Certains naissent avec une cuillère en argent dans la bouche, Cristóbal Balenciaga (1895-1972), lui, est apparu avec une aiguille et des ciseaux à la main. Sa mère, couturière modeste mais recherchée, travaille pour les familles aisées autour de son petit village basque de Getaria. L’occasion, pour le petit garçon, d’incursions dans les salons et boudoirs de l’élite culturelle locale, dont ceux de la marquise Casa de Torres. À 12 ans, sorte de petit Mozart de l’aiguille, il commence son apprentissage officiel chez les tailleurs les plus cotés de Saint-Sébastien. Il brûle les étapes : à 22 ans, il a déjà monté sa maison. Fasciné par les structures des vêtements, il collectionne les pièces anciennes qu’il étudie avec passion. Ses archives personnelles servent de point de départ à l’exposition Balenciaga présentée à la Cité de la mode et du design, à Paris, initiée par Olivier Saillard, directeur du musée Galliera et commissaire de l’exposition.
(1) Cristóbal Balenciaga, collectionneur de modes, jusqu'au 7 octobre. Les Docks-Cité de la mode et du design, 34, quai d’Austerlitz, 75013 Paris. Tél. : 01 76 77 25 30. www.cite-de-la-mode-et-du-design.fr




Photo Pierre Antoine

Exposition Cristóbal Balenciaga, collectionneur de modes. Vue d'ensemble de pièces folkloriques et régionales.




“Le couturier des couturiers”

En 1936, le couturier se trouve déjà à la tête de trois maisons. La guerre civile espagnole le pousse à s’installer à Paris. Dans un monde en crise, ses créations incarnent le raffinement d’une époque finissante. En 1939, ses robes « infante », ponctuées d’emprunts ultra-modernisés au second Empire ou à la mode du XVIIe siècle, remportent un immense succès. Le couturier multiplie les réminiscences du costume espagnol, les broderies et décors de passementerie courent sur ses créations spectaculaires. « La mode ne surgit pas du néant, elle se nourrit du passé, explique Olivier Saillard ; c’est ce que montre l’exposition : elle fait un va-et-vient entre les vêtements d’une Espagne traditionnelle, folklorique, religieuse – habits de lumière, boléros, mantilles, collets, mantelets – et la haute couture griffée Balenciaga entre 1937 et 1968. »
Encyclopédie vivante de la mode, Balenciaga compte désormais parmi les stars de la couture parisienne. Architecte sculpteur, brodeur et coloriste, il s’impose comme « le couturier des couturiers ». Quand la mode mondiale d’après guerre succombe au new-look de Christian Dior, Balenciaga, lui, l’hyperradical à l’esthétique paradoxalement monacale et ultra-féminine, s’impose d’autres expériences sur les volumes : ses collections pratiquent l’abstraction couture avec élégance. Pour construire ses pièces sans les alourdir, il met au point des matériaux comme le gazar, qui permettent de bâtir des volumes soufflés ultralégers. En 1968, dernier tournant radical de cet intransigeant supersecret, il décide de fermer sa maison de couture car il ne se reconnaît plus dans son époque. Il se retire en Espagne. Sa logique créative trouve un écho aujourd’hui dans la démarche de son successeur : Nicolas Ghesquière, à la direction artistique de la maison depuis 1997. Tout comme son glorieux aîné, le créateur français a le don de transformer des références classiques en nouveautés avant-gardistes. Sa façon de s’emparer d’un trench, d’une veste d’officier ou d’une robe de cocktail années 30 et d’en faire un ovni mode ultra-désirable ne ressemble à aucune autre.


Photo Pierre Antoine
Bretelles en rubans de satin rebrodé de perles et strass d'une robe du soir Balenciaga, automne-hiver 1967.




Nicolas Ghesquière : “Balenciaga, si mystérieux et si radical...”

Madame Figaro. – Qu’y a-t-il de remarquable chez Cristóbal Balenciaga ?
Nicolas Ghesquière.
- Deux choses ont retenu mon attention. D'abord, le côté mystérieux du personnage : Cristóbal Balenciaga n'a donné aucune interview au cours de sa carrière. Dans son travail, j'ai été frappé par la radicalité de son style, sa recherche d'épure, la façon dont il n'a jamais tenu compte de ce qui se passait autour de lui.

À votre avis, quel héritage laisse-t-il à la mode ?
Cette idée de force des volumes et ce goût de l’architecture du vêtement. Désormais, quand on voit des vêtements en volumes, on pense forcément à lui.

Les archives de Cristóbal Balenciaga influencent-elles votre travail ?
Bien sûr. Je les utilise de plusieurs façons. La collection Balenciaga Édition représente la partie la plus visible de ce travail. Avec l’aide du studio, j’identifie entre dix et quatorze pièces des archives de la maison, que nous reproduisons quasiment à l’identique. Grâce aux fiches techniques, nous recherchons les fabricants de tissus et, s’ils existent encore, nous faisons recréer la matière. Cette entreprise peut se révéler longue et laborieuse. Dans un souci d’exactitude, nous pouvons aller jusqu’à faire modifier le régime alimentaire des vers à soie pour obtenir un tissu semblable à celui de l’époque de Cristóbal ! Par ailleurs, pour chaque défilé, je repère ce qui m’intéresse dans les archives et j’intègre à la collection en cours ses techniques de fabrication, de construction, ses détails de formes ou de broderies.

Quels points communs voyez-vous entre le style de Cristóbal Balenciaga et le vôtre ?
La silhouette Balenciaga conserve cet effet de volume particulier : il existe toujours un espace entre le tissu et le corps. Dans certains cas, le vêtement ne touche le corps que sur les épaules. Dans d’autres, le devant de la pièce épouse le corps, et l’arrière s’en éloigne dans un effet soufflé. À chaque fois, tout cela ne tient que grâce à des techniques de construction et à des matières très spécifiques. D’où la nécessité de continuer à inventer des matériaux..
 source :  Madame Le Figaro

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